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L'enfer du Raid Elf au Brésil

Patauger trois semaines dans l'enfer méconnu du nord-Brésil, alterner marche, canyoning, équitation ou VTT, aller au bout de ses limites... Le Raid Elf n'aura épargné aucune des équipes concurrentes. Au bout du compte, une belle aventure quand-même, vécue de l'intérieur par Stéphanie Charles. (Photos Franck Oddoux).

Devant nous, l'équipe 62 vient de chavirer...

En quelques secondes, le courant les a déjà entraîné plusieurs centaines de mètres en aval. Un frisson me parcourt l'échine, les violents rapides du Rio ont déjà expulsé la moitié des concurrents de leurs kayaks. A qui le tour ? Sept heures à pagayer à contre courant se sont déjà écoulées. C'est la dernière ligne droite, mais la plus difficile, 80 mètres de remous nous séparent de l'arrivée située sur l'autre rive. Je dois puiser dans le peu d'énergie qu'il me reste ! J'en pleurerai . Karim donne le tempo : « Un, deux, trois , allez Stef ne lâche pas ! » Sur la berge d'en face, les hautes herbes se rapprochent lentement...On y est ! Sur le pont, le sourire et le regard amusé des locaux restent la plus belle des récompenses... Granja et sa rivière en crue sont désormais derrière nous... Je regarde mes mains, blanchies, gonflées et crevassées par l'eau. La double peau, les mitaines et les poignées en néoprène n'ont pas eu raison de la difficulté de la rivière. Mes pouces à vifs et creusés par l'effort font oublier toute envie de féminité. Ma plus grande amie aujourd'hui reste la bétadine !

Mygales et serpents venimeux

Deuxième jour de marche, la cascade et ses 100 mètres de rappel sont bientôt à nous ! Raomina et Fernando, ont élu domicile au pied de la montagne. Ce soir là, ils nous ont offert une nuit dans leur antre de terre, où électricité, gaz et eau courante font doucement rêver ... J'enfile la petite robe de Raomina qui remplace pour la nuit mes vêtements trempés. Au programme, trois heures de sommeil au rythme des balancements du hamac... Un grand moment avant des lendemains moins roses. La densité de la forêt et la boue nous empêchent de progresser normalement. La cascade ! Cent mètres plein gaz et une douche assurée ! Gonflée par les fortes pluies de la veille la cascade nous assourdit. C'est magique, la cerise sur le gâteau ! Je regarde plus bas, l'équipe précédente a étrangement rétréci. Premier pas à terre, il ne faut pas traîner, mygales et serpents venimeux sont au rendez vous...

«êtes vous certain de vouloir continuer ?»

Sixième jour de course, les visages se creusent et la fatigue gagne les rangs. Histoire de vraiment prendre son pied, la douleur des premières ampoules défigure les concurrents... Baigner de formol et momifier d'élasto tous les orteils ne suffiront pas pour certains. Pour ce raid les pieds non préparés n'ont qu'à bien se tenir. C?est la marche qui décime les équipes, et l'on se dit tous les jours que la teinture de binjoint et la crème NOK appliquées trois semaines avant le départ étaient loin d'être de trop...

Voilà 120 kilomètres que nous marchons, avec pour réconfort des paysages féeriques et deux heures de sommeil par nuit dans un hamac local... Nous partageons notre route, nos sourires et nos souffrances avec l'équipe Accor jusqu'à la fin de la marche. Frédéric se trouve dans un piteux état, ses râles se font de plus en plus rapprochés... Il semble dans ces circonstances que le point d'assistance recule inexorablement. A l'arrivée, le médecin est clair : double panaris infectieux : «êtes vous certain de vouloir continuer ?» Sa réponse est ferme et définitive. Après s'être fait charcuter, c'est slaps aux pieds qu'il prend le départ du VTT.

La poisse nous poursuit...

Le cadre d'un de nos mountain bikes s'est brisé net. L'unique solution pour continuer : troquer un vélo local sans frein, ni vitesse... Pour parfaire le tout, une petite erreur de lecture de carte nous rallonge le parcours d'une soixantaine de kilomètres... Il vaut mieux en rire. Les portages successifs dans la boue, les traversées de rio en crue n'arrangent pas les pieds de Frédéric et Bruno. Cette fois deux membres de l'équipe sont touchés. Les 200 kilomètres de VTT sont passés, ce qui n'empêche pas le médecin de leur interdire de repartir. Fréderic sera rapatrié d'urgence vers la France et Bruno soigné par les toubibs du raid. L'aventure s'arrête après neuf jours de course dans un champ surpeuplé de serpents minute...

L'esprit d'équipe, c'est aussi savoir renoncer...ensemble, sans se regarder le nombril et se dire « je ne comprends pas, moi j'étais en pleine forme ! »

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