Quelques
minutes de ce vent de travers suffisent
pour s'éloigner de la foule estivale.
Je me retrouve seule face à la Nature ;
son vent, son sable et son soleil me
comblent. Pourtant, je reste méfiante,
une zone de sable mou, un niveau de
bâche d'eau sous estimée, et c'est la
chute.
N'appréciant qu'à faibles doses ces
chutes, je ralentis instinctivement au
niveau du franchissement des bâches et
lorsque je soupçonne une zone de sable
mou, à la vue des quelques marques de
pieds profondément enfoncées.
Après avoir tiré tranquillement
quelques bords, je décide
d'accélérer, je positionne alors mes
mains sur le wishbone en les écartant
au maximum, et engouffrer le maximum de
vent. Les roues tournent de plus en plus
vite, je ne bouge plus, les coquillages
défilent sous les roues les écrasant
sous un bruit unique.
La
sensation de vitesse m'enivre, seul le
vent me transporte, l'absence de
réelles protections me rend
paradoxalement plus forte, prête à
affronter d'autres dangers, à aller
plus loin dans les frissons.
Soudain, mon pied gauche glisse sur la
planche recouverte de sable mouillée,
et fait ainsi changer brusquement la
direction du speed ; en essayant de le
contrôler, je le fais involontairement
zig-zaguer, et tant bien que mal, je
ralentis au maximum jusqu'à l'arrêt.
J'ai eu chaud, je ne suis pas tombée,
je suis quitte pour une bonne frayeur.
C'est ça aussi le speed-sail, affronter
les imprévus sans faillir !
J'atteins enfin la station balnéaire
voisine, je m'arrête un instant sur la
plage pour boire, manger un peu et me
reposer, en profitant des rayons de
soleil qui me suivent depuis le début
de mon parcours. Le vent a tourné, il
est orienté dans le sens de mon retour,
je vais pouvoir rouler au large
rapidement; pourtant il est temps de
rentrer car la marée est montante et ne
se fait pas prier.
Si
je continue à longer la mer avec ce
vent, je vais retrouver la civilisation
trop vite, trop tôt, alors je ralentis
en effectuant des lacets. Je prends le
temps d'améliorer l'esthétisme et la
rapidité de mes virements de bords face
au vent et en vent arrière - les fameux
jibes.
De retour à mon point de départ, je
descends de mon speed, je le soulage de
sa voilure et rentre le rincer à l'eau
avant de le laisser se reposer dans son
boxe, jusqu'à la prochaine sortie, sans
doute demain!